Sortir le numérique de la dépendance liée au monopole des terres rares – WeeeDoIT

Sortir le numérique de la dépendance liée au monopole des terres rares

Sortir le numérique de la dépendance liée au monopole des terres rares

Sortir de la dépendance aux métaux rares : un enjeu de taille pour le numérique

 

Le 10 janvier 2022 est sorti le rapport Varin pour sécuriser l’approvisionnement de l’industrie en matières premières minérales. Dans un contexte de plus en plus tendu vis-à-vis de ces ressources, ce rapport s’inscrit dans une volonté de renforcer la résilience du pays face à la dépendance.

Les matériaux rares sont aujourd’hui majoritairement utilisés pour fabriquer nos produits électriques et électroniques et participent grandement à la transition écologique. Que ce soit dans nos téléphones, nos ordinateurs, nos frigos ou encore les aimants des éoliennes ou les batteries des véhicules électriques, les matériaux rares sont utilisés absolument partout.

À tel point que leur demande mondiale a augmenté de 6% par an comme le souligne un article de Consoglobe.

Entre la sortie effrénée de nouveaux appareils numériques et l’obsolescence programmée ou psychologique, le renouvellement des outils numériques est de plus en plus fréquent. Les déchets qui en découlent et l’extraction de matériaux rares également.

Pourquoi est-ce qu’il est urgent de sortir de la dépendance aux matériaux rares et comment le faire ? WeeeDoIT vous livre quelques pistes de réflexions.

C’est quoi les métaux rares ? Définition

Les métaux rares ne portent pas très bien leur nom. Ils sont disponibles en quantité éparse dans l’écorce terrestre, certains même à l’égal de métaux usuels comme le cuivre.

Ils possèdent de nombreuses propriétés électromagnétiques, d’où leur utilisation massive et croissante dans la fabrication des nouvelles technologies.

Aujourd’hui on compte 17 matériaux rares :

  • scandium pour des alliages légers ;
  • yttrium pour la fabrication de lasers, leur propriété supraconductrice haute température … ;
  • lanthane pour les batteries nickel métal hydrure ;
  • cérium qui est un agent chimique oxydant ;
  • praséodyme permet de créer des aimants permanents ;
  • néodyme pour des aimants permanents (éoliennes, petites centrales hydrauliques, voitures hybrides …) ;
  • prométhium : peintures lumineuses, batteries nucléaires … ;
  • samarium pour les aimants permanents, les lasers à rayons X … ;
  • eutropium pour les lampes fluocompactes, les rayons X, les lasers … ;
  • gadolinium pour sa capacité de capture neutronique utilisé pour les réacteurs nucléaires … ;
  • terbium pour les rayons X, les TV, les lasers … ;
  • dysprosium pour les aimants permanents, les disques durs … ;
  • holmium pour les lasers chirurgicaux infrarouges, le colorant rose des verres … ;
  • erbium qui entre dans la fabrication des lasers infrarouges (dentisterie) … ;
  • thulium qui crée les luminophores bleus pour les écrans renforçateurs de rayons X et est un supraconducteur hautes températures ;
  • ytterbium pour les horloges atomiques et l’acier inoxydable, la radiographie portable ;
  • lutécium pour les détecteurs en tomographie par émission de positions.
Carrière d’extraction où de nombreuses machines d’extraction sont à l'œuvre et remplissent d’énormes camions bennes

L’envers du décor : les répercussions liées à l’extraction des métaux rares

La pollution

Que ce soit lors de l’extraction ou de la séparation des différents matériaux, tout cela rejette de nombreux produits toxiques dans les environs :

  • des métaux lourds ;
  • des bases et des solvants ;
  • des rejets acides ;
  • des déchets radioactifs.

Les produits chimiques sont utilisés massivement dans certaines techniques de séparation car les minerais vendus doivent contenir au minimum 99% du métal recherché. Pour trouver cette pureté, on lave les terres trouvées avec des produits chimiques très acides.

Ces mines à ciel ouvert, en plus d’être dévastatrices pour la biodiversité le sont aussi pour la santé des personnes qui y travaillent et vivent aux alentours.

Elles respirent des poussières remplies de métaux lourds qui sont déposées sur le sol et très volatiles.

L’extraction de certains métaux rares peut aussi s’accompagner de radiation nucléaire. C’est ce que souligne le magazine Géo lorsqu’il pointe du doigt que les villages proches de la mine de Baotou, en Mongolie, sont 30 fois plus radioactifs que le niveau normal. Pour donner une idée, Tchernobyl est 14 fois plus élevé.

Cette pollution se retrouve également en aval dans les décharges électroniques, surtout dans les pays à faible revenus où les moyens sont bien moindres pour le recyclage.

Lorsque les composants ne sont pas recyclés correctement, ils se déversent dans l’eau et les terres environnantes de ces décharges électroniques.

La consommation des ressources

L’extraction et la transformation des métaux rares nécessitent de nombreuses ressources. D’autant plus que les pays qui s’en occupent utilisent souvent le charbon comme ressource énergétique, ce qui a un fort impact sur l’empreinte carbone du produit final.

Cette consommation excessive concerne également l’eau dans des régions qui commencent déjà à être touchées par les problèmes de stress hydrique.

L’Australie, qui se trouve dans le top 5 des producteurs mondiaux pour le lithium, le nickel, le cuivre, le cobalt et l’aluminium en est la preuve. Entre les sécheresses de plus en plus dures, les grands feux ravageurs, l’agriculture et les divers besoins en eau, l’exploitation des matériaux rares rajoute une tension supplémentaire sur cette ressource déjà rare.

Une multitude de vieux téléphones à clapets sont ouverts sur une table pour montrer les déchets électroniques provoqués par l’obsolescence psychologique

Le manque de recyclage des déchets électroniques

En 2019, d’après une étude parue sur GlobalWaste, seulement 17,4 % des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) dans le monde ont été collectés et recyclés. C’est peu au regard des 53,6 millions de tonnes générées.

2,5 millions. C’est le nombre de tonnes de déchets électriques et électroniques en plus chaque année. De 53,6 millions en 2019 à une prévision de 74,7 millions de tonnes en 2030, ces déchets qui proviennent de tous nos appareils numériques et électroniques connaissent une croissance fulgurante.

Et les chiffres quant au recyclage ne sont pas mieux en 2019 :

  • 8 % des DEEE sont jetés dans la poubelle ménagère dans les pays à forts revenus ;
  • 7 à 20 % sont exportés dans des pays à faible revenus ;
  • seuls 17,4 % des déchets ont été formellement collectés et recyclés.

En Europe, ce taux de recyclage est plus élevé car il couvre environ 42,5 % du total de déchets rejetés en 2019.

Mais le recyclage n’est pas tout le temps la solution ultime, surtout pour de si petits composants dans certains appareils. Difficulté de les séparer et de les extraire, ces déchets ont un coût financier, énergétique et n’ont pas une filière 100% efficace.

L‘exploitation humaine

Que ce soit pour l’extraction ou dans l’amoncellement des déchets lors de leur fin de vie, les humains qui gravitent autour de ces domaines d’activité sont durement touchés au niveau de leur santé.

Entre les différents rejets toxiques ou des conditions de travail insalubres, difficile de réglementer l’ensemble. Et cela concerne aussi les enfants qui travaillent très souvent dans les décharges électroniques et électriques pour recueillir les métaux et minerais rares qu’ils pourront revendre pour une bouchée de pain.

L’OMS estime à 73 millions le nombre d’enfants à travers le monde qui font un travail dangereux en lien avec le secteur informel du recyclage des déchets.

Le monopole de certains pays

Le rapport Varin publié en janvier 2022 vise à sortir de la dépendance du monopole de certains pays. La Chine, par exemple, possède 37 % des ressources minières rares du monde et exporte mondialement 95 % de ses extractions. En 2016, cela représentait 105 000 tonnes.

Face aux conséquences environnementales, sanitaires et humaines, c’est un des seuls pays qui a continué d’extraire sans réglementation très stricte.

En plus de créer une dépendance et des tensions fortes au fur et à mesure que la demande explose, cela entraîne des conflits géopolitiques. Le Congo avec le coltan en est un bon exemple.

Carrière d’extraction de matériaux rares vue du ciel

2 alternatives pour sortir de la dépendance

On comprend bien que la pollution et l’impact des équipements IT proviennent principalement de sa fabrication. Selon l’ADEME, acheter un téléphone reconditionné permettrait de réduire son impact environnemental annuel de 51% à 91 % selon les indicateurs par rapport à l’utilisation d’un smartphone neuf. C’est 82 kg de matières premières évitées et 25 kg de GES par année d’utilisation.

Mais alors concrètement, comment faire pour réduire la dépendance du numérique aux matériaux rares et réduire les émissions liées?

En plus des recherches scientifiques en chimie qui se penchent sur le problème pour mettre au point des matériaux de substitution, il existe 2 alternatives viables.

1. L’urban mining

L’urban mining, ou exploitation minière urbaine, consiste à extraire les matières premières nécessaires à la fabrication des appareils high-tech et autres dans les décharges numériques.

De plus en plus populaire, l’urban mining présente de nombreux avantages :

  • des économies en ressources qui ne sont pas utilisées durant l’extraction ;
  • le recyclage de composants et donc de matières premières encore utilisables ;
  • la réduction des déchets qui sont enfouis, incinérés ou qui s’entassent dans des dépôts sauvages.

GlobalWaste estime à près de 48 milliards d’euros la valeur totale de tous les composants et matières premières qui se trouvent dans ces mines hors sol. Or, cuivre, argent, platine ; les matériaux qui peuvent être récupérés et réemployés sont nombreux. Cela permet aussi de réduire les effets rebond liés à l’explosion du numérique.

2. Le reconditionné et le réemploi

Le reconditionné et le réemploi s’inscrivent dans la démarche vertueuse de l’économie circulaire, fondée sur l’entièreté du cycle de vie d’un produit.

En plus de réduire les déchets, cela permet de prolonger la vie des appareils et donc de diminuer leur empreinte carbone et les ressources utilisées pour l’extraction. Car ce qui pollue réellement ce n’est pas l’utilisation qu’on en fait mais bien la fabrication et la fin de vie.

Réemployer des composants parfaitement fonctionnels pour la réparation ou la fabrication de nouveaux appareils, revalorise ce qui aurait dû terminer comme un déchet. L’ADEME va jusqu’à dire qu’à l’échelle du marché, en 2020, en achetant des téléphones reconditionnés on pourrait économiser environ 229 000 tonnes de matières premières et 70 000 tonnes d’équivalent CO2. 

Quand on sait que le recyclage est encore très partiel et que de nombreux DEEE ne passent pas par cette case, le réemploi et le reconditionnement restent les meilleures solutions pour faire baisser drastiquement l’empreinte des équipements IT. 

Cela permet de : 

  • ralentir le rythme de production et de renouvellement des outils numériques ; 
  • d’utiliser les ressources pour créer de nouvelles opportunités économiques ; 
  • reconditionner en local et de créer de nouveaux emplois ; 
  • mettre en place une économie circulaire. 

Bien évidemment, une fois qu’un nouvel appareil IT reconditionné est acheté, l’objectif est de prolonger sa vie au maximum pour réduire son impact et limiter le poids de la filière de gestion des déchets.

Face à l’énorme enjeu écologique, humain et sanitaire que représente l’extraction des matériaux rares pour la fabrication des différents appareils, il est urgent d’agir.

Grâce au réemploi de pièces détachées, l’urban mining ou le reconditionné, la pollution liée à l’extraction et la transformation est diminuée tout comme les déchets et l’empreinte carbone.

Vous souhaitez faire des économies financières et environnementales grâce aux appareils reconditionnés ? Envoyez-nous un message pour en discuter, nous serons ravis de vous répondre.

 

Team WeeeDoIT & Emma

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SOURCES:

 

Peschet Camille, “Exploitation des terres rares et métaux stratégiques : quel est l’impact des mines à ciel ouvert ?”, Consoglobe, 20 juin 2018.

“Le volume de déchets électroniques explose et leur taux de recyclage est ridicule”, The Conversation, 18 août 2020

FANGEAT Erwann, ADEME, Laurent ESKENAZI, Eric FOURBOUL, EFL consulting, Julie ORGELET-DELMAS, DDemain, Etienne LEES PERASSO, Firmin DOMON, LCIE Bureau Veritas, 2022. Evaluation de l’impact environnemental d’un ensemble de produits reconditionnés – synthèse intermédiaire smartphone 27 pages. 

5 Comments

[…] La fabrication étant le poste qui émet le plus de gaz à effet de serre dans la vie d’un appareil numérique, ces deux alternatives permettent de réduire efficacement son empreinte carbone et la pollution liée à l’extraction des matières premières. […]

[…] l’extraction des matériaux rares pour la fabrication des terminaux informatiques, l’utilisation de ressources comme l’eau ou […]

[…] à l’urban mining. En plus d’être plus écologique, cela permet de sortir quelque peu de la dépendance aux métaux rares et des risques élevés de […]

[…] épuisement des ressources et l’énergie nécessaire pour le faire (bien souvent au charbon dans les pays qui possèdent ces ressources minières), l’empreinte carbone est […]

[…] la dépendance aux matières rares qui devient de plus en plus tangible et qui contraste avec l’explosion de la demande, la […]

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