Les effets rebond dans le numérique : les comprendre et les anticiper – WeeeDoIT

Les effets rebond dans le numérique : les comprendre et les anticiper

Les effets rebond dans le numérique : les comprendre et les anticiper

Aujourd’hui, nombreuses sont les personnes qui considèrent que ce sont les nouvelles technologies qui vont nous aider à lutter contre le réchauffement climatique. Entre l’optimisation des ressources, l’éco-conception de certains de nos outils et la virtualisation de nos données, les possibilités d’amélioration sont nombreuses.

En 2019, on comptait 34 milliards d’équipements actifs dans le monde et ce chiffre est en constante augmentation. La pollution qu’engendre le numérique, même si c’est un domaine qui touche au virtuel, est loin d’être immatérielle.

Les technologies numériques ont donc aussi leurs limites. L’optimisation n’est pas forcément synonyme de réduction des impacts négatifs. Car même si l’utilisation a un moindre impact, c’est la consommation et les habitudes qui sont changées. L’équilibre s’inverse alors, ce qui fait que l’utilisation généralisée d’un outil va contrebalancer la réduction d’empreinte obtenue par unité de produit.

Mais alors comment calculer les effets rebond liés à l’utilisation du numérique ? Quelles sont les causes de ces effets rebond et comment les diminuer ?

C’est quoi un effet rebond ?

 

     Comment définir les effets rebond ?

 

Ce terme qualifie les situations où les gains obtenus en termes de performance ou d’utilisation des ressources sont compensés par les comportements des personnes qui utilisent ces technologies.

C’est-à-dire que l’on va consommer encore plus de ressources suite à l’innovation et la réduction des limites à l’utilisation d’une technologie.

Ces limites repoussées peuvent être :

  • monétaires ;
  • temporelles ;
  • sociales ;
  • physiques ;
  • d’organisation ;
  • liées à l’effort.

De nombreux effets rebond surviennent du secteur numérique. Par exemple, la miniaturisation de certains composés a permis l’optimisation des terminaux et la réduction des prix, ce qui entraîne l’explosion de consommation des outils informatiques.

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Le paradoxe de Jevons

Baptisé sous le nom de l’économiste britannique William Stanley Jevons, ce concept crée en 1865 se définit comme étant le suivant : “ à mesure que les améliorations technologiques augmentent l’efficacité avec laquelle une ressource est employée, la consommation totale de cette ressource peut augmenter au lieu de diminuer”.

À l’époque il parlait du charbon et de l’augmentation de sa consommation suite à l’introduction de la machine à vapeur de James Watt. Logiquement cette invention aurait dû faire baisser l’utilisation du charbon, sauf que l’innovation de Watt a permis au charbon de devenir plus rentable et donc les machines à vapeurs se sont multipliées dans les usines.

Les effets rebonds sont difficiles à calculer et ne sont pas forcément visibles dans l’immédiat mais ils sont incontestables quand il s’agit de parler du numérique et des outils informatiques. On le voit avec nos téléphones, plus leurs composés sont optimisés, plus les téléphones sont puissants et demandeurs en ressources naturelles et en matières premières.

Pour faire simple, Jevons pointe du doigt que plus le progrès apporté par une technologie est efficace, plus souvent il sera annulé par le changement de comportement qu’il induit.

Les 3 types d’effets rebond

De manière générale, il existe 3 types d’effets rebond qui induisent différents comportements.

Directs

Les effets rebond directs sont ceux que l’on perçoit le plus facilement dans les changements qu’ils induisent dans la manière de consommer. Ils apparaissent souvent après la baisse du coût d’une ressource.

Cette réduction permet à un plus grand nombre de s’approprier les technologies ou bien d’en consommer davantage.

Par exemple, lorsque le prix de l’eau baisse, on va voir une augmentation du nombre de personnes qui prennent des bains ou arrosent leurs pelouses. C’est la même chose avec l’électricité lorsque le coût est réduit, on utilise plus d’appareils qui en consomment.

Indirects

L’effet rebond indirect survient dans le cas où une ressource est mieux gérée. C’est-à-dire qu’elle est produite de manière optimisée et cela impacte son coût à la baisse. Les consommateurs de cette ressource, avec les économies réalisées, vont consommer d’autres produits polluants.

Par exemple, si un couple réussit à faire des économies grâce à une nouvelle isolation de leur appartement, ils pourraient acheter une plus grosse voiture ou partir en voyage en avion à l’autre bout du monde. Les bénéfices d’une meilleure isolation se perdraient dans l’impact écologique négatif de ces différentes actions.

Structurels

Les effets rebond structurels induisent un changement de comportement de la part du consommateur et du producteur du bien. On l’a vu avec le développement du télétravail. Grâce à ce dernier, plusieurs employés ont décidé d’habiter plus loin de leur lieu de travail.

Puisqu’ils ne font pas le trajet au quotidien, on peut imaginer une réduction des émissions liées à la voiture. Sauf que souvent, puisqu’ils habitent plus loin, les trajets effectués sont plus longs et donc émettent plus de pollution.

Les effets rebond structurels sont le fruit d’une réduction des prix et induisent un changement de comportement qui se fait en profondeur. Par exemple, pour le matériel informatique, cela se traduit par le fait la multiplication du nombre de terminaux que chacun possède.

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Les effets rebond du numérique

Les effets rebonds sont difficiles à calculer car les critères pour ce faire sont peu précis, et surtout, difficilement définissables. Les paramètres à prendre en compte en amont sont multiples pour anticiper au mieux les conséquences.

Pour le numérique, d’après Deepomatic, les effets rebond se découpent en 4 typologies distinctes, un peu différentes des 3 citées précédemment.

Matériel

L’effet rebond matériel est celui que l’on voit le plus au quotidien. On imagine qu’une optimisation technologique va amener à une économie des ressources et donc une baisse des matières rares utilisées.

Sauf que c’est tout l’inverse qui se produit, ces ressources continuent d’être exploitées pour répondre à la mise sur le marché de nouveaux produits innovants.

Économique

Comme au-dessus, l’effet rebond économique du numérique provient d’une optimisation du temps et/ou de l’argent dans le processus de l’utilisateur. Plus ce dernier a du temps et/ou de l’argent libéré grâce à une meilleure utilisation de l’outil, plus il pourra l’employer pour consommer d’autres biens ou services.

Structurel

L’effet structurel concernant le numérique désigne le schéma où les innovations technologiques induisent un changement de consommation ou créent de nouvelles habitudes.

La digitalisation de tous les process en entreprise en est un bon exemple. Le Cloud et la virtualisation des données sont rentrés dans les habitudes, ce qui engendre de plus en plus de données et la nécessité d’avoir un nombre croissant de serveurs pour les stocker. 

Psychologique

L’effet rebond psychologique a lieu lorsque les optimisations et les progrès technologiques permettent aux outils d’être plus efficaces. L’utilisateur utilise cette optimisation, de manière explicite ou non, comme excuse pour consommer d’autres ressources.

Les technologies numériques font partie de nos quotidiens et les effets rebond sont nombreux. Il est important de prendre du recul pour essayer d’appréhender le problème dans sa globalité afin de cerner au mieux les conséquences que vont avoir les nouvelles technologies.

3 conseils pour réduire les effets rebond

Les effets rebond du numérique ne peuvent être évités mais ils peuvent être réduits. En plus d’essayer d’avoir une vue d’ensemble sur tous les paramètres qui influencent les effets rebond, voici quelques conseils simples à mettre en œuvre.

1.    Allonger la durée de vie des appareils

À première vue cela paraît simple, mais nous sommes dans une société de consommation où l’obsolescence programmée est une norme. Pour réussir à allonger la vie de ses appareils, rien de mieux que de réparer dès que cela est possible et de préserver son matériel en téléchargeant des logiciels éco-conçus, légers etc.

Allonger la vie des appareils passe aussi par l’achat d’outils de seconde main ou bien reconditionnés. Cela réduit considérablement les effets rebond directs (augmentation de l’utilisation de matières rares pour la fabrication des terminaux) et la pollution numérique.

En France, l’impact environnemental du numérique provient à 81 % des terminaux. Entre la fabrication, l’importation des pays d’Asie et la fin de vie, puisque le recyclage des composants est compliqué, l’empreinte est colossale. Acheter reconditionné ou de seconde main évite la pollution liée à la création de nouveaux terminaux.

2.    Tendre vers la sobriété numérique

Pour éviter des effets rebond trop important, il est important de réguler son utilisation pour réduire son empreinte carbone et tendre vers une sobriété numérique. On parle d’usages “écologiquement vertueux” et ces actions peuvent se mettre en place dans notre quotidien ou bien en entreprise.

On sait par exemple que ce qui consomme le plus de ressources et qui a un impact le plus lourd, c’est le streaming. Que ce soit sur des plateformes dédiées ou sur YouTube, les vidéos en 4K se multiplient.

Selon the Shift Project, les flux vidéos représentent 80 % des flux de données en 2018.

 La pollution numérique qui en découle est la conséquence de plusieurs facteurs :

  • l’électricité utilisée pour alimenter les data center et faire parvenir la vidéo sur nos terminaux ;
  • le poids des vidéos qui sont de plus en plus lourdes.

D’après le Bon Numérique, regarder 1 heure par jour de vidéo en 1 080p sur Youtube reviendrait, sur une année, à émettre autant de CO2 qu’une voiture qui parcourt 29 000 km.

Il en va de même avec les e-mails, qui accumulés dans les boîtes mail, émettent de la pollution numérique dont on n’a parfois pas conscience.

C’est pour cela qu’il est important de trier régulièrement ses e-mails et de transférer ses fichiers lourds avec des outils comme FileVert plutôt que d’envoyer directement les pièces jointes.

Les usages pour tendre vers la sobriété numérique sont nombreux mais ont un but commun : éduquer sur le fait que notre impact n’est pas “immatériel” car virtuel et que rien n’est “illimité”.

3.    Avoir une compréhension globale du problème

Pour réduire les effets rebond du numérique, il convient d’essayer d’avoir une vue d’ensemble pour les appréhender au mieux. C’est seulement lorsque l’on prend en compte le plus de paramètres possibles que l’on peut voir sur quels points se feront les impacts, négatifs comme positifs.

L’exemple du déploiement de la 5G est parlant. Moins énergivore que les précédentes technologies à données égales, cela ne veut pas pour autant dire qu’elle est écologique.

Les émissions liées ne baisseront pas pour autant car il faut prendre en compte :

  • le renouvellement de tous les terminaux,
  • la fabrication et la mise en place des antennes.

Mais surtout, puisque les données seront plus rapides et plus lourdes à transférer, elles vont augmenter  dans notre usage quotidien, ce qui annule les effets bénéfiques de la réduction du poids.

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Comprendre les effets rebond du numérique est complexe. Ces derniers sont révélateurs des contradictions qui ressortent dans nos habitudes de consommation et de production. Pour chercher à les réduire de manière efficace, la sobriété numérique et le green IT sont les sujets vers lesquels tendre.

De nombreuses formations existent sur le sujet, que ce soit pour les employés ou les dirigeants, comme celle de GreenIT.

Plusieurs mesures peuvent être prises pour amener du concret dans cette démarche :

  • l’intégration de mesures, même approximatives, des effets rebond dans les évaluations environnementales des produits et/ou services des entreprises ;
  • la définition d’une méthode de mesure des effets rebond qui se base sur des paramètres définis et précis (chez WeeeDoIT, nous avons créé un outil qui permet de calculer vos émissions évitées) ;
  • la sensibilisation sur ces enjeux au sein de l’entreprise.

Vous avez envie de faire baisser votre empreinte carbone et de réduire votre pollution numérique ? Envoyez-nous un message afin que l’on discute de votre flotte IT et de nos services de matériel reconditionné.

Team WeeeDoIT & Emma

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3 Comments
Julie Trinckvel

Bonjour,
Je suis ravie de voir que vous citez Deepomatic dans cet article très qualitatif.
Serait-il possible de simplement adosser un lien vers l’article original que vous citez ?
Bien à vous !

[…] la vie des différents composants pour s’inscrire dans une économie circulaire pour minimiser les effets rebond du numérique. En plus, le fabricant a l’obligation de proposer des pièces détachées […]

[…] GlobalWaste estime à près de 48 milliards d’euros la valeur totale de tous les composants et matières premières qui se trouvent dans ces mines hors sol. Or, cuivre, argent, platine ; les matériaux qui peuvent être récupérés et réemployés sont nombreux. Cela permet aussi de réduire les effets rebond liés à l’explosion du numérique. […]

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