Rencontre avec Marc Jacouton – WeeeDoIT

Rencontre avec Marc Jacouton

Rencontre avec Marc Jacouton

Entretien avec Marc Jacouton : développement durable, économie circulaire et numérique.

 

Les enjeux d’aujourd’hui, mais surtout de demain.

Marc Jacouton, fondateur du cabinet de conseil RSE Développement, membre de la Fédération de la Mode Circulaire et co-auteur de Performance économique responsable (2012) avec Olivier Brongniart et Grégoire Gonnard, met le développement durable au cœur des enjeux d’aujourd’hui.

Sortant d’une formation business, rien ne le prédestine à travailler dans l’économie circulaire et dans le développement durable. Aujourd’hui, cela fait plus de 12 ans qu’il a fondé son cabinet de conseil spécialisé sur la question de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) et qu’il a un parcours activiste où les convictions environnementales sont prises en compte.

C’est en 2007, lors d’un voyage au Bangladesh pour un client dans l’industrie textile qu’il se rend compte des coulisses sombres du secteur. Les consommateurs et consommatrices n’avaient pas autant conscience de ces questions par rapport à aujourd’hui. C’est ce voyage qui marque le point de bascule pour Marc Jacouton.

À l’époque, les industries n’avaient pas forcément de connaissances ou d’équipes dédiées pour ces questions environnementales. C’est pour cela que Marc décide de créer RSE Développement pour accompagner les acteurs économiques dans leur stratégie RSE, sa valorisation et leur différenciation marketing.

Un ballon gonflable qui représente la Terre est posé sur l’herbe

WeeeDoIT et Marc Jacouton

Cette discussion avec ce spécialiste du développement durable fait suite à notre article sur l’économie circulaire  et les différentes problématiques déjà soulevées (amenuisement et dépendance aux ressources minières, recyclage des composants électroniques…).

Nous partageons l’ambition commune de trouver du sens dans les actions que nous mettons en place pour sensibiliser et réduire les impacts liés aux activités humaines. Entre réalisme et optimisme, ces mises en mouvement se font dans un temps long où la pédagogie et la sensibilisation sont primordiales.

C’est d’ailleurs pour cette raison que Marc, avec RSE Développement, s’inscrit dans du conseil aux entreprises sur plusieurs mois voire années. Il n’est plus question de faire du conseil RSE sur quelques jours, mais bien d’accompagner les acteurs économiques (en étant à temps partiel chez eux) à implémenter leur stratégie RSE et de développement durable.

Ce qui nous a donné envie de faire cette interview avec Marc ?

Ce sont ses idées sur l’engagement : le pragmatisme est nécessaire pour tenir sur la durée, le changement doit passer par l’inspiration, et puis c’est impossible d’être parfait tous les jours. Il faut faire les choses avec sincérité et honnêteté.

On vous laisse découvrir cette discussion très enrichissante où vous pourrez en apprendre plus sur la vision de Marc Jacouton et ses conseils RSE. Et constater que le sujet environnemental n’est pas qu’une simple tendance marketing, très loin de là.

Le schéma circulaire : une question de pédagogie avant tout

Avec RSE Développement, vous souhaitez combiner les 3P : People, Planet, Profit.

Est-ce que l’économie circulaire n’est pas la seule et unique solution pour arriver à un tel modèle ?

L’économie circulaire est une des solutions du développement durable pour réconcilier ces trois piliers. Et c’est important de faire les trois en même temps, sans quoi cela risque de créer un déséquilibre contre productif. Compenser le carbone si derrière il n’y a plus d’eau ou de biodiversité, cela ne sert à rien.

Les défis sont donc à 360° et parmi eux, il y en a qui sont plus importants que d’autres. L’économie circulaire en fait partie, car elle permet de déconstruire notre consommation et notre apport aux ressources limitées. Si l’on a conscience de tout le processus de fabrication d’un produit, alors il est plus facile de consommer mieux et moins. C’est un cercle vertueux.

Cela nous amène à nous poser ces questions :

  • Comment avoir la matière la moins impactante ?
  • Comment éco-concevoir un produit ?
  • Qu’est-ce qu’on utilise comme matière ?
  • Quel est le cycle de vie du produit ?
  • Comment un déchet peut-il devenir une ressource ?

Il ne faut pas oublier que ce qui compte beaucoup dans l’impact du produit reste son utilisation. Un produit à usage unique, qu’importe s’il a été fait avec des matériaux recyclés ou s’il est éco-conçu, s’il est jeté après une seule utilisation, il polluera.

C’est ce qu’il se passe dans le textile. Et c’est pour cela que la pédagogie et la sensibilisation sont primordiales pour changer de paradigme.

Il ne faut pas oublier que l’outil qu’est le bilan carbone reste encore imprécis. Il permet de donner des ordres de grandeur, ce qui est très bien pour agir derrière, mais les marges d’erreur sont parfois grandes. C’est pour cette raison qu’il est important de considérer un produit dans son entièreté et de réfléchir à son utilisation. Malheureusement, cette partie ne dépend pas seulement des industries, d’où l’importance de la prise de conscience du consommateur.

Il faut que le développement durable devienne désirable. Que certains non-sens soient perçus comme tels. Cela résoudra beaucoup de choses.

Des amoncellements de tissus de l’industrie textile sont abandonnés au sol dans une vieille usine textile.

Aujourd’hui, la crise du Covid-19 a mis en avant notre hyper dépendance aux ressources premières à l’autre bout du monde et la déception d’un monde d’après qui n’advient pas.

Pourquoi est-ce que le schéma circulaire n’est pas plus mis en avant ?

Le principal problème reste le prix. On ne paye pas le prix juste environnemental et sociétal des choses que l’on achète. Par exemple, si l’on acquiert du blé, on doit payer dans le prix la pollution des sols et l’impact qu’ont les traitements sur la biodiversité. Polluer ne coûte pas assez cher pour les acteurs qui en sont responsables.

C’est normal qu’un produit vertueux avec des matières plus chères, des critères sociaux et environnementaux élevés soit plus onéreux. C’est un non-sens de penser le contraire et de faire croire que la transition vers des modèles plus vertueux pourra se faire sans changements de prix. Surtout en ce moment, où l’on va vers des périodes de plus en plus difficiles où l’inflation explose. Dans les mois à venir, le développement durable ne sera pas au cœur des discussions, on parlera du pouvoir d’achat. Et c’est normal vu les tensions,  mais dommage car les enjeux environnementaux ne peuvent plus attendre.

Si le produit issu de l’économie circulaire était au même prix qu’un produit pas terrible issu de l’industrie, ça serait beaucoup plus simple. Le sens et la valeur ajoutée seraient moteurs de l’achat.

On en revient à la question de désirabilité évoquée plus haut. Les jeunes générations doivent questionner les codes mis en place par les générations précédentes. Et aller à contre-sens du confort, qui fait que l’on reste dans le déni face au changement. Mais c’est tout à fait normal, accepter de faire des efforts n’est pas dans la nature humaine.

Tant que l’on ne sera pas dans le dur, dans la nécessité de s’adapter sous une forme de contrainte, alors on résistera.

Nous sommes au début de quelque chose, pas du tout au stade de maturité sur les questions de développement durable. Cela fait seulement 12 ans que l’ISO 26 000 est sorti et nous sommes au tout début de l’économie circulaire. On tâtonne, il faut trouver des business models rentables avec une massification de la filière, par exemple. Tout ça, ça prend du temps à se créer.

Tant que cela coûtera moins cher de fabriquer du neuf que de faire de l’économie circulaire, il va être difficile de changer. Il faut inventer de nouveaux processus pour que cela devienne la norme.

Que peuvent faire les institutions et les États pour aller plus loin sur cette question d’économie circulaire ?

À mes yeux, ils peuvent agir de deux manières différentes :

  • par le positif en détaxant ;
  • par le négatif en taxant plus.

Avec les membres de la Fédération de la Mode Circulaire, nous militons pour cette TVA différenciée. Suivant si le produit est fait de manière éthique ou non, la TVA appliquée serait différente. Par contre, cela pose d’autres problèmes éthiques : comment définir un tel produit ? Qu’est-ce qui est considéré comme bon ou non ?

Mis à part ces questionnements, ça serait sans doute un des plus grands pas que pourrait faire l’État. Cette TVA circulaire permettrait de rendre les produits issus de l’économie circulaire plus compétitifs et de gommer quelque peu ce problème de prix évoqué au-dessus.

Cette solution est une façon mécanique et fiscale de rendre les produits plus attractifs. Les industriels seraient obligés de mettre en place des démarches plus vertueuses.

Deuxièmement, et c’est déjà ce qui est en train d’être mis en place, c’est de taxer les pollueurs. C’est d’ailleurs l’ambition de la loi AGEC. Cette loi, mise en place seulement depuis 2020, sera vraiment efficace et visible d’ici 2030. Elle est très positive, car elle permet de flécher de nouvelles façons de produire.

Et puis elle souligne la logique du pollueur-payeur qui recoupe ce que je disais au-dessus : polluer ne coûte pas assez cher aujourd’hui. Les personnes qui mettent des matériaux ou des produits sur le marché deviennent responsables.

Mais le changement s’accompagne toujours de résistances – et de lobbyistes qui veulent faire gagner du temps sur certaines mesures. C’est pour cela que travailler dans le domaine du développement durable n’est pas toujours simple. Il faut accepter de faire trois pas en avant et deux pas en arrière.

Il ne faut pas oublier que cette question d’économie circulaire doit se poser à l’échelle internationale, c’est un vrai sujet macro. Si l’on se concentre uniquement en Europe, d’autres pays proposeront des produits beaucoup plus attractifs d’un point de vue financier. À l’échelle internationale, les volumes deviennent plus intéressants pour créer une vraie massification des processus.

Un téléphone ouvert est posé sur la table, ses composants numériques sont exposés.

L’économie circulaire dans le numérique

Comment faire face au numérique qui explose ? Quelles solutions apporter ?

Avant toute chose, il faut opérer une prise de conscience au niveau des DSI (Directeur des Systèmes d’Information) et de toute la filière numérique. Sans ça, impossible de changer.

Aujourd’hui, ils sont rarement conscients du poids des datas, de l’énergie nécessaire pour les envoyer, etc. C’est la performance qui prime sur tout. Pourtant, il y aura des optimisations à faire de leur côté pour réduire l’impact du numérique du côté du codage ou des data centers. C’est la même chose pour les logiciels.

Pour que les solutions proposées par les fournisseurs de solutions plus durables, comme WeeeDoIT, deviennent désirables, il faut que ces entreprises expliquent à leurs clients comment ils peuvent intégrer ces produits d’occasion et de réemploi dans leur flotte.

C’est primordial de structurer tout ça. Et on le voit, les marques qui proposent du neuf commencent à avoir une offre d’occasion qui peut montrer de 3 % à 10 %. Ce n’est pas négligeable. C’est pour cette raison que ces structures qui ne savent pas comment proposer du reconditionné se tournent de plus en plus vers des acteurs comme WeeeDoIT.

Seule la structuration de la filière va permettre de créer un vrai marché de produits reconditionnés qui possède un savoir-faire important. Aujourd’hui, la réalité du marché montre que ces produits sont encore à la marge. Les DSI cherchent à répondre rapidement à leurs besoins numériques pour leur infrastructure et l’occasion ou le numérique reconditionné ne sont pas des premiers choix.

La question de sensibilisation et de pédagogie est essentielle pour montrer que d’autres voies sont possibles.

Quelles sont les initiatives à suivre ces prochaines années ?

Étant membre de la Fédération de la Mode Circulaire, j’ai très envie de vous parler de cela. Il y a beaucoup d’expérimentations avec l’économie circulaire, et cela concerne bien évidemment tous les domaines, notamment le textile.

Je pense notamment à des innovations physico-chimiques pour séparer le textile et le réutiliser. On teste nos idées avec des fournisseurs puis on analyse leur retour d’expérience.

Ce qui est intéressant avec la Fédération de la Mode Circulaire c’est que tous les acteurs et les actrices travaillent collectivement. C’est donc multimarques et très fédérateur, ce qui est un point essentiel pour proposer de nouvelles solutions face aux enjeux actuels et à venir.

Vous souhaitez prendre part à ce numérique circulaire avec du matériel reconditionné ? Discutons de votre projet pour voir les solutions qui vous conviennent.

Team WeeeDoIT & Emma

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